« Mais ta thèse c'est PAS en régulation des télécoms ? »

05 juin 2020
Comme beaucoup de gens que Twitter, vous pensez que je poursuis une thèse en régulation des télécoms. Et je suis désolée de vous décevoir, mais pas du tout. Mais ça m'évoque quelques réflexions de bilan sur ces cinq dernières années.

Parce que cette histoire de mythe lié à mon sujet de thèse, je le prends vraiment comme un compliment --vous me mettez d'un coup au niveau de gens très bien qui ont fait des doctorats brillants en droit ou en économie sur la question, et wow, merci-- mais ça dit trois trucs, qui me gènent aux entournures, et qui méritent d'être regardés, tant qu'à faire le bilan.

1 - Je trouve que ça dit un truc symptomatique de ces 5 dernières années que je ne suis pas sûre d'assumer. Ça renvoie une image qui dit « mais elle s'est occupée de son sujet de recherche entre deux consults, ou... ? »
Alors, oui. Oui, évidemment, sinon y'aurait pas 200+ pages d'écrites dans ce manuscrit. Parfois, ceci dit, j'ai l'impression de ne pas avoir assez travaillé. Parce que j'ai honnêtement consacré du temps à ça.

Mais je sais aussi que tous les doctorants font autre chose de leur temps. Je me dis que les autres doctorants ont procrastiné autrement et que j'ai probablement pas plus travaillé qu'eux au final... (même si comparer les thèses, ça a ses limites : on fait tous des parcours très très différents et c'est chouette, mais du coup on ne peut pas tout comparer terme à terme). Il se trouve que moi j'emmerdais des gens avec Habermas du côté de Montparnasse pour procrastiner et que ça m'a fait produire quand même beaucoup de pensée, donc au final c'est pas si mal, mais voilà,  je suis bien consciente que je projette aussi cette image, quand je dévoile mon « autre » sujet de thèse.

2 - Je ne vais pas nier que ma thèse et mon travail en régul sont liés. Parce que ça m'a fait produire de la pensée, mine de rien, dont des morceaux reviennent dans la thèse par la fenêtre. Parce que je suis une personne qui cloisonne peu les aspects de sa vie et qui s'investit inévitablement émotionnellement dans ce qu'elle fait. Est-ce que sans l'Arcep je serais là avec un espoir de soutenir ? Je ne sais pas trop. Le burnout a fait le ménage un peu là dedans, j'en reparlerai, mais le groupe régul/les événements/les gens ont vraiment apporté du reward où il fallait, et j'ai aussi avancé avec ça. Ça m'a un peu repêché à des moments où je ne touchais pas trop terre. J'appartiens à deux classes d'humains, maintenant, les intellectuels, et les nerds des télécoms, et sentir l'appartenance dans le petit monde des nerds des télécoms (je suis précise là : les nerds des télécoms, les gens qui l'analysent. 🤓) est : agréable et important.

Donc bon si tu retires la régulation de ma thèse alors que c'est peut-être l'événement qui a accompagné toute cette thèse, tout contre comme une espèce d'ombre, je pense que ça dénature, et en même temps, c'est vraiment pas le sujet. Vraiment pas. Je travaille sur la Fête des Lumières sur Twitter.

C'est probablement pour ça que ça s'entretient. J'ai longtemps considéré (j'essaie d'en revenir un peu pour finir, sinon je n'y arriverai pas je crois) que le sujet sérieux de ma période de doctorat, c'était la régul, et beaucoup moins mon sujet de thèse, qui est un mariage de raison. Je n'ai pas choisi ce sujet, le fait qu'il parle de la Fête des Lumières est un hasard de l'enquête, il aurait pu parler d'un tout autre événement (je serais d'ailleurs probablement arrivée aux mêmes conclusions), mais c'est comme ça. Je n'ai jamais été emballée par mon sujet et donc j'ai investi l'emballement ailleurs. Et en même temps c'est un mariage de raison qui marche pas si mal (j'imagine si je m'étais aussi investie émotionnellement là-dedans...). Ce qui est fait est fait :)

3 - Du coup, on a cette situation, qui produit une forme d'attente. Vous êtes aussi un peu là pour lire des analyses intéressantes des tuyaux d'internet. Parce que vous êtes nombreux à me considérer comme une personne sérieuse sur un domaine sur lequel depuis un an environ je ne publie rien parce que j'écris ma thèse, qui ne porte pas là-dessus. Depuis un an je tweete peu télécoms et beaucoup ESR, ce qui, je crains, comble mal cette attente. En vrai, je suis un peu triste de ne plus écrire de régulation, J'EN RÊVE LA NUIT ptn, mais ma thèse ne porte pas là dessus, et il faut que je rattrape aussi un peu toute cette procrastination. Ça reviendra, ne serait-ce que parce que j'ai des caisses de trucs qui datent des trois-quatre dernières années qu'il faut que je sorte. Mais une chose en son temps. La thèse d'abord. Pour une fois.

Et donc je me retrouve assise entre deux régimes de légitimité : d'un côté la régulation sur laquelle je n'écris pas pour l'instant parce que le temps d'écriture est pris par le très gourmand manuscrit. Et de l'autre, ma thèse, sur laquelle j'ai le sentiment d'avoir développé du savoir, mais un petit savoir, et à laquelle je ne crois pas tout le temps, qui me demande des efforts pour finir parce que je ne l'ai jamais vraiment investie pleinement je crois (et là hop, on boucle vers le début de l'article).

Deux trucs qui sonnent pas finis, qui sont incomplets. Qui sont des facades jolies mais des fois je me demande s'il y a du fond, quand même. J'ai l'air d'être quelque chose que je ne suis pas sûre toujours de mériter. Du coup, je me sens aussi bonne chercheuse que je me sens bonne analyste des télécoms. Je me retrouve encore dans un fichu entre-deux, mal assise. Atypique, on disait, hmmm ?

Les avis sur ce billet

Personne n'a encore donné son avis.

Je veux donner mon avis !