2020, wrapped.

20 décembre 2020
Ok cette année a été BIEN POURRIE. Bien pourrie comme il faut. Mais entamons quand même cet agréable exercice qui consiste à faire le bilan des choses *positives* marquantes qui sont arrivées cette année.

L'année avait bien commencé, somme toute : malgré les grèves, j'avais réussi à me glisser aux voeux de l'Arcep. J'avais fait beaucoup de blagues sur mes chaussures de marche (que j'ai effectivement portées jusqu'au dernier moment, je n'étais vraiment pas sûre de pouvoir prendre le métro pour me rendre à la Sorbonne où les Voeux ont lieu), mais j'ai mis des petites bottines au final, et ça m'a valu un compliment du président. Je vais pas bouder les compliments :3

Aussi, comme je suis allée chercher la compagnie des arcepiens que je connaissais, et que je sais parler la langue, quand même, je me fonds bien dans le décor. Du coup, vraiment, 80% de mes interactions avec des gens nouveaux commençaient comme ça :
- Tu travailles à l'ARCEP ?
- Non :D
- Tu es une ancienne de l'ARCEP ?
- Non plus.
- Mais tu fais quoi alors ?
- J'écris une thèse.
- Sur la régulation ?
- Non :D
- Mais tu fais quoi ici ??
Je prends toujours ça comme un compliment. Je sais pas si j'étais très présidentielle, parce que j'ai principalement fait attention à passer un moment sympa avec des gens avec qui j'ai honnêtement apprécier travailler. C'était ce dont j'avais besoin. Je suis contente, malgré ma position d'outsider, hé, qu'on me reconnaisse mine de rien cette place.

Du coup super début d'année. 

Et ensuite, donc, hé bien c'est allé très vite. D'ailleurs février a été illuminé par les adieux faits par les cheminots et les ferrovipathes, à Patrick, le TGV 001, que j'ai eu la chance de visiter en mars, c'était ma toute dernière sortie avant le confinement.

Entretemps, eh bien j'avais entamé un cours de méthodologie (j'étais vacataire pour la dernière année j'espère) dans ce deuxième semestre qui commençait. J'ai fait faire leur évaluation intermédiaire à mes #L1pioupiou, et pouf, confinement. Hé bien figurez vous que c'était difficile, hein, de passer en distanciel complet d'un coup comme ça, j'ai eu en tout et pour tout deux jours pour me retourner mais ça c'est pas si mal passé. Cours 100% par chat parce que je n'avais aucune envie d'imposer des visios à des L1 dont je ne savais rien de la situation, et compatible mobile, parce que plusieurs n'avaient que leur téléphone. J'ai bougé des grosses briques de mon cours de méthodo dans « apprendre à bosser de chez soi ». J'ai changé toute la dynamique de mes séances. J'ai énormément coaché ces petits pioupious, c'était très chronophage. MAIS : pour plusieurs d'entre eux, surtout au tout début, mon cours semble avoir fait « bouée de sauvetage » (j'ai réagi très vite ; il y a eu un temps de flottement très compréhensible le temps que les autres collègues s'y mettent pendant lequel mes étudiants étaient sûrs de m'avoir en cours, mais ne savaient pas grand-chose des autres cours). J'ai « perdu » peu d'étudiants (en réalité pas plus que d'habitude en présentiel). Ils étaient vraiment contents de leur cours à la fin. Leur dire au revoir par chat m'a fait un petit quelque chose. J'espère qu'ils vont bien.

Le confinement, ça a aussi été un moment que j'ai apprécié à plusieurs égards, à commencer par le calme de la rue (que je regrette sévèrement), mais aussi parce que même si je continuais à travailler (à plein régime, même), le temps s'était un peu ralenti, se rendant plus propice au retour sur soi, ce qui a été profitable. Je sors quand même d'un burnout. J'ai rouvert des archives. J'ai posé des questions. J'ai compris des choses et c'est extrêmement positif parce que régorganiser sa vie après un gros électrochoc, c'est pas facile. C'est du travail, long, patient, de progressivement mettre en place des choses qui sont à nouveau alignées correctement. Le confinement a aidé, avec sa lenteur, son silence, à ça.

J'ai appris à démarrer un levain et faire du pain, un peu comme tout le monde pendant le confinement et il faut admettre que c'était une découverte providentielle. Je continue encore aujourd'hui --mais moins régulièrement que pendant le confinement, le rythme de la vie a repris-- à en faire de temps en temps parce que c'est vraiment une activité qui me fait du bien. Le pétrissage à la main, c'est très méditatif. Les différentes pousses du levain, le pétrissage, la cuisson, rythment et ancrent la journée. Et je ne parle pas de la satisfaction de se faire des tartines avec mon pain. C'était une précieuse découverte.

Je suis très casanière. Je travaille à la maison. Une partie de ma sociabilité et de mon travail associatif se joue en ligne. Etre confinée n'a pas ébranlé beaucoup de mes habitudes, honnêtement. Du coup je n'ai pas trop mal vécu cette injonction à rester chez soi. J'en garde plutôt un bon souvenir finalement (du fait de rester chez moi, hein, pas tellement de la pandémie...). J'ai lu Chez soi de Mona Chollet, d'ailleurs. Il y a eu cette soirée interminable à tricoter devant l'improbable live de musique de l'OMS, j'ai fini mon #pulldeconfinement (qui n'est pas un pull, en réalité). J'ai joué à des jeux auxquels je jouais il y a dix ou quinze ans. 

Enfin, ça a été la rencontre avec toute une troupe de doctorants sur Discord. Je suis très reconnaissante pour cette rencontre-là. J'ai retrouvé le plaisir de retrouver un espace en ligne où l'on va parce que c'est la maison, où l'on reste pour bavarder de tout et de rien, où l'on n'a pas ce sentiment désagréable d'être malgré tout un outsider. Je me suis jamais fait autant d'amis en si peu de temps.

Bref, j'ai eu de la chance, j'en suis consciente.

Et donc ça nous emmène à l'été tout ça. J'ai appris en juin que j'étais classée sur plusieurs postes d'ATER dont un à Grenoble, que j'ai accepté. J'étais contente de quitter le statut de vacataire (UN SALAIRE UN SALAIRE), en continuant à augmenter progressivement mon service (c'est un ATER à mi-temps, je ne voulais pas passer de 64h annuelles à 192), de travailler moins loin de chez moi, de découvrir une nouvelle équipe enseignante, puis on m'a confié mon premier cours magistral, 100% sur les thématiques que je travaille en recherche. Trop bien. Le travail acharné sur les candidatures en mars a payé.

Je devais écrire ma thèse, l'épidémie a profité du relâchement de l'été, raisons pour lesquelles je n'ai pas vraiment amorcé de déconfinement dans l'été. Exception notable : les quelques jours où j'ai pu voir une partie de ma famille, ce qui au vu des circonstances (Murphy 3e dan) est un exploit à ranger dans les choses très positives de cette année. J'ai aussi pris un nouveau dan de libriste en apprenant à flasher des smartphones sous autre chose qu'Androïd. Huhu.

Et voilà, la rentrée. L'option pandémie a ajouté pas mal de stress, n'a pas facilité mon intégration dans l'équipe (je vois peu mes collègues, de fait), mais mon CM, comme prévu, m'a demandé un travail colossal, mais beaucoup de joie, parce que holala 1) j'aime enseigner 2) surtout quand il s'agit de parler un peu de télécoms, un peu de sémio, un peu de théorie du texte <3. Les étudiants se sont grave accrochés. J'espère que j'ai été à la hauteur de leurs efforts. Merci aux collègues de l'ICM de m'avoir fait confiance ♥. Le semestre vient de se terminer et wow ça fait bizarre. Petite joie du métier : j'avais l'habitude d'avoir des copies à Noël. Je n'en ai pas cette année \o/

Il faut que je mentionne, parce que ce serait un portrait positif injuste de l'année, que la personne avec qui je partage ma vie a soutenu son doctorat, dans les meilleures circonstances possibles pour 2020. Very proud, much science, wow ♥.

Comme c'était ni possible ni raisonnable de boire un coup avec les copains pour mon anniversaire, en novembre, j'ai opté pour une version 100% en ligne, va Gather. J'avais fait mon appartement en 2D, comme dans Pokémon, pour l'occasion. On a refait le monde, on a soufflé des bougies même. C'était chaleureux malgré les circonstances et c'était chouette de sentir que la grande famille (celle choisie, celle à laquelle on appartient) est là. Je crois que ce moment de sociabilité en ligne a fait du bien à tout le monde. Puis, suite à ça, les copines m'ont couverte de laine. Je suis tellement reconnaissante de les avoir ♥

Je vais terminer ce parcours dans toutes les choses positives de 2020 en mentionnant la présence (en ligne, encore), des collègues de l'ESR avec qui je discute régulièrement sur Twitter. Ce réseau social est un lieu aussi très violent par ailleurs --passer mon compte en privé a été une décision appréciable pour faire baisser la pression-- et franchement, sans les conseils, les blagues, le soutien de cette poignée de collègues tous plus expérimentés que moi dans l'ESR, enseigner en ligne aurait été une épreuve probablement beaucoup plus difficile pour moi. Aussi, c'est chouette de faire partie de la famille des irréductibles intellos, vous savez ? Beaucoup de gratitude sur vous, vous vous reconnaîtrez.

Voilà. On commence en se disant : « y'a 2-3 trucs, ça va aller vite », et on finit avec un roman.
Bring it on, 2021.

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