Richard Stallman : « Free Software, Free Society »

28 octobre 2011

Richard Stallman à Sciences Po. Le programme, dans son caractère paradoxal, était alléchant.

Richard Stallman, « last hacker » ?

Je venais de finir « Hackers » de Steven Levy - dans le dernier chapitre, il parle du « Last hacker » : Richard Stallman.

Dépeint par Lévy comme un homme à la fois courageux et exigeant, le fondateur de la Free Software Fondation était donc de passage en France, pour donner un couple de conférences -une ici, à Sciences Po, une à la Cantine.

Rencontrer « en vrai » un personnage qu'on a cotoyé tous les matins dans le métro, dans un livre, comme étant une sorte de figure historique, avec un peu plus de cheveux que Napoléon (et plus de code dans la tête), ça fait bizarre. On ne sait plus vraiment où est le réel, du coup. C'est pas rencontrer une rock star, c'est encore plus dingue : cet homme a pesé sur l'histoire de l'informatique, rien que ça.

Entre le Stallman de « Hackers » et celui qui était assis dans l'amphithéâtre de Sciences Po, il y avait -évidemment- une petite différence. Le temps a passé. Je ne sais pas s'il a changé ou si le regard de Lévy était biaisé, mais je lui ai trouvé moins d'aigreur que dans le livre. Au contraire. En revanche, à l'entendre parler de la grande aventure du Logiciel Libre, il déclare : « cela devait être fait, c'était à moi de le faire, je me suis donc mis à écrire GNU », là, je retrouve le Stallman de « Hackers ». Cet espèce d'héroïsme, ce sens du devoir sont assez admirables.

Tout monstre de l'informatique qu'il est, il est resté hacker comme au temps du MIT : ouvert, disponible, plein d'humour -notamment cet espèce de génie pour faire des néologismes (spyPhone, Swindle...). C'est assez déstabilisant. C'est dur de résister à l'envie de lui dire merci pour ce qu'il fait, de faire un peu la groupie. C'est un grand bonhomme quand même.

Et un français impeccable, avec ça.

Je vous livre ici ce que j'ai retenu de sa conférence, qui s'intitulait « Free Software, Free Society ». Ce n'est pas exhaustif, et loin d'être aussi bien organisé que la conférence, et puis j'en ai profité pour ajouter quelques réflexions de mon cru, mais ça a le mérite d'être là, donc je partage.

« Dites "libre" ! »

Pour commencer, je reviendrai sur un point de définition qu'a fait Stallman au niveau de l'expression « Free Software ». Français impeccable aidant, il pointe la confusion qui existe en anglais quant à cette expression - confusion qui n'existe pas en français. Il y a deux sens pour « free » en anglais : « libre » et « gratuit ». En anglais, il n'y a qu'un mot, ce qui entraîne une confusion : on assimile « logiciels gratuits » et « logiciels libres ». Stallman, trop heureux que la distinction existe en français, nous enjoint à la mettre en valeur : « dites "libre" ! » dit-il en français dans le texte.

Pour Stallman, un Logiciel Libre, c'est avant tout un logiciel qui respecte les libertés de l'utilisateur. La gratuité est en quelque sorte une conséquence indirecte du fait que le logiciel soit libre, mais ce n'est pas le plus important, On doit d'abord utiliser un Logiciel Libre parce qu'il est garantit les libertés de l'utiliateur et non parce qu'il est gratuit.

Quatre libertés cardinales

Mais un logiciel qui respecte les libertés de l'utilisateur, c'est quoi ? C'est un logiciel qui respecte les quatres libertés cardinales du Logiciel Libre :

  1. liberté zéro : « run the software » → vous avez le droit d'utiliser le programme pour en faire ce que vous voulez.
  2. liberté un : « study and modify the source code » → vous avez le droit de mettre les mains dans le cambouis et de modifier le code source du programme, par exemple pour le réparer. Etudier le code source d'un programme peut en outre vous permettre d'apprendre beaucoup de choses. Vous avez le droit d'apprendre.
  3. liberté deux : « help the others » → vous avez le droit de parler des logiciels libres, de les diffuser, et le droit d'aider celui qui les utilise s'il a un problème.
  4. liberté trois : « distribute your modified version » → vous avez le droit de distribuer aux copains la version que vous avez modifiée.

Ces libertés ne sont en rien contraignantes : vous avez le droit de le faire, vous n'êtes pas obligé de le faire, mais en revanche, cela doit toujours être possible.

Un Logiciel Libre est donc un logiciel sur lequel l'utilisateur a le contrôle. C'est ce contrôle qui garantit les libertés que l'on vient d'énumérer.

Ces libertés logicielles sont des droits humains comme les autres et doivent être respectés en tant que tels.
D'autant plus qu'au delà de l'informatique pure, beaucoup de choses découlent de l'utilisation de tel ou tel logiciel ou système d'exploitation -c'est l'idée de la conférence.

Il existe donc d'un côté des logiciels qui contrôlent des utilisateurs, de l'autre des logiciels sur lesquels l'utilisateur a le contrôle. Et un logiciel Libre, c'est un logiciel sur lequel on a le contrôle.
Un logiciel qui contrôle l'utilisateur, c'est un logiciel dont on ne peut pas comprendre le fonctionnement, ni le réparer.

GNU/Linux

C'est l'occasion pour Stallman de faire une remarque supplémentaire concernant un usage de langage courant : un utilisateur d'un OS libre dira : « Je suis sous Linux ». En réalité, c'est faux, il est sous GNU/Linux. Stallman a écrit les outils GNU, et Linux est le kernel qui a permis à ces outils libres de se diffuser.

Au delà de la question de la mention du noyau pour rappeler son auteur, il y a une question de philosophie du logiciel : Linux renvoie à Linus Torvalds et GNU à Stallman, qui n'ont pas les mêmes convictions.

L'un est pour le logiciel open-source, l'autre est pour le Logiciel Libre. La différence étant dans le fait qu'un logiciel open-source a juste son code source qui est disponible publiquement. Mais cela peut-être un logiciel propriétaire. Un logiciel libre est -de fait- open-source, mais il est un peu plus que ça : il laisse l'usager en position de contrôle. Un exemple serait peut-être Android : Google détient les droits sur cet OS, mais le code source de ce dernier est disponible publiquement. Si Google décide de retirer une application, par exemple, de l'Androïd Market, il peut le faire. Vous n'avez pas le contrôle sur votre téléphone.

Afin que les personnes à qui on parle du Logiciel Libre ne soient pas redirigés vers Torvald seulement, mais aussi vers Stallman, il faut donc prendre l'habitude de dire GNU/Linux.

Logiciel et société

Le point d'articulation de la conférence, est très clairement l'interdépendance qu'il existe entre le logiciel et la société : l'utilisation d'un type de logiciels, l'éducation à l'utilisation de ces logiciels, ont une influence sur la société et sur l'esprit d'une société.

C'est pour cela qu'il a décidé de se battre pour le Logiciel Libre : au delà de l'informatique seule, il y a une vraie répercussion au sein de la société entière. En effet, l'utilisation massive d'ordinateurs personnels fait que ces technologies ont un réel impact sur la société.

Sur ce point, Stallman soulève un problème d'éducation : aujourd'hui, la plupart des écoles sont sous Windows, qui est un OS propriétaire. Pourquoi, s'étonne-il, apprendre les enfants à être dépendants d'un programme ? En effet Windows habitue son utilisateur à un certain niveau (ou pas) de configuration, à un accès très limité au code source. L'étudiant qui est habitué à travailler sous Windows adoptera une certaine attitude face à un système d'exploitation. Par exemple, le jour où cet utilisateur de Windows aura un problème avec un programme, il n'aura pas le réflexe de le réparer lui-même, puisque Microsoft ne tient pas à ce que l'on aie accès à son code source. Il n'aura pas l'habitude de chercher le code source. Il y a un vrai problème d'état d'esprit : un programme, un système d'exploitation, est, au même titre que n'importe quelle autre technologie, porteur de la culture et des valeurs de celui ou ceux qui l'ont conçu. Habituer un jeune à étudier sous Windows, c'est lui apprendre qu'il est normal que l'utilisateur n'aie pas le contrôle sur sa machine et sur les programmes qu'il utilise.

Menaces

Face au logiciel libre, il y a des menaces - en réalité ce point était développé au début de la conférence mais mes souvenirs étaient ordonnés comme ça. Ces menaces pèsent sur nos libertés. Stallman les divise en quatre rubriques.

Surveillance : les logiciels que nous utilisons nous surveillent, à notre gré ou non. Ils envoient des informations au constructeur. Par exemple, les iPhones (spyPhones !) envoient des informations à Apple sur vos déplacements. Renseignements que vous ne pouvez pas obtenir sans aller à la Cour. Quelqu'un a réussi, et a obtenu -j'ai plus le chiffre en tête, mais c'était de l'ordre de plus de 20 ou 50 points de location par jour ! Vous ne contrôlez pas ces informations. Pour l'instant ils n'en font pas grand chose, mais comme on ne contrôle rien, qui nous dit qu'un jour ils ne vendront pas ces informations (qui sont hyper importantes, surtout couplées à d'autres!) à un Etat ? Windows aussi envoie plein d'informations à Microsoft. Il y a plein de petits softwares aussi, qui jouent le rôle d'espions, que vous ne pouvez pas désinstaller ni désactiver, puisqu'on est sur un OS propriétaire ! C'est une chose qui est très peu probable de se produire avec un OS libre (au hasard, GNU/Linux...), parce qu'il y aura toujours quelqu'un pour réparer l'OS et enlever les programmes espions, puisqu'il a le contrôle sur l'OS.

Censure : Certains services vous empêchent d'accéder à certains contenus, de manière arbitraire, sans que vous ayez votre mot à dire. Le plus bel exemple est sans doute celui du Kindle (Swindle!) : ils avaient supprimé -à distance- de la bibliothèque de chacun de leurs utilisateurs un livre....1984 de George Orwell. Sans que personne ne puisse rien y faire. Symbole. Apple est apparemment également capable de couper la fonction «photo» à un certain nombre d'iPhones s'ils se trouvent à un concert, par exemple. Encore une fois, vous ne contrôlez ni le matériel ni le software, donc vous n'avez pas votre mot à dire...

Le cas du «software as a service» : un programme que vous utilisez sur un serveur, du type Google Docs -ou Gmail : ce qu'il se passe, c'est qu'il y a deux «couches», dirions-nous, de menaces qui pèsent ici sur nos libertés logicielles : on a un serveur qui ne s'appuie peut-être pas sur un OS libre, sur lequel vous utilisez un service qui lui même a été choisi et/ou développé par son propriétaire. Au delà du fait que vous n'êtes pas autorisé à paramétrer ces services comme bon vous semble, vous êtes dépendants de ce service en ligne. La liberté zéro évoquée plus haut n'est pas respectée : vous ne faites pas de l'informatique comme bon vous semble, mais dans le cadre défini par quelqu'un dont vous êtes dépendant.

Ce thème de la dépendance revient avec l'évocation du principe de « menottes numériques », qui s'applique notamment au cloud. En plus de ce que nous avons évoqué à propos du « software as a service » s'ajoute quelque chose : l'accès à vos données est conditionné à la bonne marche du service auquel vous les avez confiées. D'où l'expression de «menottes numériques» : c'est un peu comme si le fournisseur de ce service vous passait des menottes. Vous êtes obligés de lui faire confiance.

Hadopi, Loppsi...

Stallman profite de son passage en France pour parler des dernières lois sympathiques qui ont été votées en France et en Europe : Hadopi, la Loppsi, notamment. Ce qui lui permet d'aborder le sujet du téléchargement. A ce propos, il souligne que la Hadopi a comme défaut principal qu'elle fonctionnne sur le principe d'une accusation préalable : en pointant du doigt le « pirate » (avec plein de guillemets) comme ayant enfreint la loi, il le criminalise, quelque part. On est condamné sur la base d'une accusation préalable.

Mieux répartir les revenus de la musique

Le problème du « piratage » se posant essentiellement au niveau de la musique, Stallman évoque une piste qui selon lui, pourrait donner un début de solution, ou du moins, mettre beaucoup d'air dans notre manière de rémunérer la musique. Aujourd'hui, remarque-il, le système ne profite qu'aux gros. Hadopi se targue de protéger la création et de l'aider à vivre en limitant le piratage, mais ce qu'il se passe, c'est que ce sont essentiellement les ayants droits les plus riches actuellement qui se soucient du téléchargement et sont réellement gagnants dans le fait qu'il soit réprimé. Les nouveaux talents sont toujours face à la même précarité, «pirates» ou pas. Ce que propose Stallman, c'est qu'au lieu d'avoir un système de rémunération qui creuse sans cesse l'écart entre les plus riches et les plus pauvres, il faut répartir autrement les richesses, en tempérant la seule rémunération à la popularité, puisque le partage des richesses et le soutien aux jeunes artistes ne se fait pas assez : un «gros» aura toujours plus de moyens de se faire connaître, et donc, les plus gros deviennent de plus en plus gros et les plus petits de plus en plus petits. Il faudrait donc, pour réduire cet écart, garder la rémunération à la popularité, mais prendre ne serait-ce que 10% du revenu des plus gros pour le reverser au financement des jeunes talents (si j'ai bien compris) - ce qui ferait que les gros ne perdraient pas tant d'argent que ça et continueraient à dominer le marché, tandis que les petits auraient plus de souffle.

Voilà pour la conférence. J'espère l'avoir restituée avec un tant soit peu de fidélité.

Il y a eu ensuite quelques questions et interventions intéressantes :

- une question sur Android : est-ce du Logiciel Libre ? Stallman répond que non, puisque tout n'est pas ouvert, et que cela reste propriétaire (Google !). Je vous renvoie au laïus sur le Libre et l'Open Source plus haut. Donc méfiance.

- une intervention sur ACTA, de Jérémie Zimmermann, de la Quadrature du Net, qui rappelle à quel point cet accord commercial est un danger pour nos libertés, et à quel point il est important de lutter contre. Là je vous renvoie à la page de la Quadrature qui en parle et à l'article en anglais de l'ami Zorun. Vous êtes parés.

- une question intéressante : peut-on envisager de copier de la nourriture à grande échelle comme on copie la musique et la distribuer librement ? Stallman répond que ce serait cool, si on pouvait créer de la nourriture pour la partager, mais tant qu'il n'y a pas de système de copie de la nourriture pas cher et en masse, on ne pourra pas avoir de nourriture «libre». Si c'est copiable, avec la même facilité que le logiciel, le Libre s'applique.

- il y a eu aussi une intervention sur le discours de haine : une jeune femme a demandé à Stallman si, puisqu'il est pour la liberté d'expression sur Internet, si quelqu'un diffusait un discours de haine sur Internet, est-ce qu'il soutiendrait la libre expression de sa parole au même titre de celle des autres ? Stallman, pour le coup, applique directement le principe « je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis, mais je me battrais pour que tu puisses le dire » - libertaire jusqu'au bout, mais implacablement logique : à partir du moment où on soutient la liberté d'expression, on la soutient jusqu'au bout, c'est le jeu.

La conférence s'est terminée par une rapide présentation de la Free Software Fondation, et une demande de soutien à la fondation évidemment. Mais il s'agit de Stallman : on ne va pas nous renvoyer vers un bête lien du style www.fsf.com/support. On fait une vente aux enchères pas comme les autres. Stallman se saisit d'une petite peluche de gnou (gnou-GNU, ahah) en demandant à la cantonade qui donnera combien pour un « adorable gnu » (en anglais, avec la tête cute qui va avec, tout ça). Et comme on était à Sciences Po, le petit gnou a été acquis pour la coquette somme de 450 €.

Chapeau.

Et voilà. Je repars de Sciences Po avec « Hackers » dans mon sac. Il y a griffonné sur la première page, « Happy hacking ».

Je vais prendre ça au mot. Un grand merci, Richard Stallman.

Les avis sur ce billet

06/10/2016 - plop

Précisions sur quelques points : 1) "opensource" a grosso-modo le même sens que "libre". La "vraie" définition du mot "opensource" est celle maintenue par l'Open Source Initiative, et celle-ci stipule que pour être opensource, un logiciel doit être pourvu des quatre libertés. Elle est quasi-identique à la définition du mot "libre" maintenue par la FSF. Les différences entre les deux définitions sont minimes et peuvent se voir dans la liste des licences reconnues par les deux organismes. Les listes sont grosso-modo les mêmes, avec deux-trois licences acceptées par la FSF mais pas par l'OSI, et deux-trois autres acceptées par l'OSI et pas par la FSF. En revanche, il est vrai que le terme "opensource" est grandement galvaudé. Beaucoup s'en servent pour désigner des programmes, au mieux, dont la source est accessible publiquement dans sa totalité, au pire, dont juste une partie de la source est disponible quelque part temporairement à un groupe restreint d'individus pour un but bien précis avec tout un tas de conditions débiles à accepter avant. Certains considèrent même qu'un logiciel est opensource quand le code a fuité sur le net en toute illégalité. Mais ces définitions, largement relayées par la presse de caniveau et les politiciens incompétents, sont fausses. Paradoxalement, on en arrive parfois à un point où le terme "free software" engendre moins de confusion que "opensource". La différence entre libre et opensource se situe au niveau du mouvement. Le mouvement opensource et le mouvement du logiciel libre ont des buts différents. Le premier a pour but de faire des logiciels qui marchent bien, c'est-à-dire qui sont innovants, évoluent vite, sont moins buggués, plus sécure, moins chers, etc. Le second a pour but de libérer l'utilisateur, c'est-à-dire de permettre à l'utilisateur qui le désire de faire son informatique en toute liberté. Le discours n'est pas le même : celui du mouvement opensource vise à convaincre les entreprises de contribuer au code, et se doit donc d'être "corporate-compliant". Les opensourciens reprennent donc le discours libriste en mettant en avant les avantages pratiques de la libération du code, et en occultant totalement les aspects "liberté" et "utilisateur" (deux concepts qui font peur aux entreprises). L'attitude aussi est différente : l'opensourcien va considérer les quatre libertés comme un _bonus_, et utilisera du logiciel non-libre lorsque celui-ci lui paraît meilleur techniquement. Le libriste va considérer les quatre libertés comme une _nécessité_, et utilisera d'éviter le logiciel non-libre autant qu'il peut, quel que soit son niveau de qualité technique. (1/2)

06/10/2016 - plop

Linus Torvalds est un opensourcien : ce qui importe pour lui c'est que Linux marche bien et que plein de gens l'utilisent. Pour cela il a besoin des quatre libertés, et considère que la libération de Linux sous GPLv2 est la meilleure chose qu'il ai jamais faite dans sa vie. La question de la liberté de l'utilisateur ne l'intéresse pas : des millions de gens utilisent Linux sur leur smartphone, sans pouvoir modifier ou remplacer leur noyau, et monsieur Torvalds en est très content. Les libristes, en revanche, considèrent cela comme un grave problème pour la liberté de l'utilisateur. 2) Concernant Android, la situation est plus complexe. Android, au sens strict du terme, est non-libre, parce qu'il comprend un bon nombre de programmes non-libres, haut niveau (les applications utilisateur pour accéder aux services Google), et bas niveau (les drivers et firmwares pour exploiter le matériel). Ce qui se situe entre les deux (le noyau, et le reste de l'OS) est libre. Pour permettre aux développeurs de contribuer à Android, Google distribue une version libre ou quasi-libre d'Android, qui est grosso-modo ce que Chromium est à Chrome : AOSP (Android Open Source Project). AOSP contient juste le noyau et le reste de l'OS, sans les applis utilisateur et j'imagine sans une partie des drivers et firmwares non-libres (mais je ne pense pas qu'ils soient tous éliminés d'AOSP). C'est sur la base d'AOSP que s'est construit Replicant (version, pour le coup, _totalement_ libre d'Android, sans les drivers et firmwares non-libres). Le gros problème avec les smartphones Android, c'est que dans quelque chose comme 99,99% des cas ils sont tivoïsés : le kernel est signé, et chargé par un bootloader non-libre qui lui-même est signé. L'utilisateur peut modifier le kernel en récupérant le code source depuis AOSP, mais il ne peut pas l'installer sur son smartphone. Le logiciel libre Replicant ne peut être installé que sur une poignée de modèles (les 0,01%, au pifomètre, des modèles du marché à ne pas avoir de bootloader signé). 3) Concernant la position de Stallman sur la musique, je crois qu'il défend un mode de répartition logarithmique, ou racine cubique, je ne sais plus, avec la quantité d'argent versée à l'artiste augmentant de moins en moins en fonction du succès. Ça ressemble un peu à ce que proposaient les défenseurs de la licence globale en France. 4) Le terme "menottes numériques" est utilisé à ma connaissance par Stallman pour désigner les DRM, mais il l'a peut-être utilisé dans un sens différent ici. (2/2)

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