La thèse chez moi (ou : mes premières méthodes de travail)

26 mai 2016

Novembre-décembre ont été marqués par une plongée plus sereine --nonobstant une fracture du métacarpien à la main gauche-- dans mon travail de thèse.
Je ne vais pas revenir sur toute la période, mais surtout sur les méthodes de travail que j'ai mises sur pied pour avancer, ce sera le focus de ce billet :)

Le fait d'avoir répondu à un projet m'a vraiment posé la thèse comme étant, à part entière, mon travail : c'est devenu, évidemment, mon sujet de recherche principal, mais du coup, c'est pas institué comme le truc que j'ai monté depuis le début et dans lequel j'ai investi personnellement parce que le sujet me tient énormément à coeur (ça, c'est mon taf militant) : c'est institué comme un recrutement pour une mission.
J'avais peur de ne pas prendre à coeur mon sujet, mais en fait pas du tout. Paradoxalement, je trouve ça bien d'avoir un peu de distance : l'idée n'est pas du tout de porter ma croix :)

Une discipline de travail

J'ai fait le choix de travailler chez moi : je vis loin (Grenoble) de mon université de rattachement (Lyon). C'est un choix personnel. J'ai considéré que n'ayant pas à ma disposition d'espace de travail dédié, j'allais m'en fabriquer un bien, et en accord avec mes choix de vie :)

Quoique je regrette l'existence d'un espace de rencontre entre doctorants, qui permettrait de se croiser de temps en temps et d'échanger, en dehors des séminaires, sur nos avancées, lectures, et éventuelles difficultés, je trouve mon compte dans le fait de travailler à la maison. J'ai le calme dont j'ai besoin, et un espace dédié au travail dans l'appart, bien séparé des autres lieux de vie.

Ceci posé, il faut bien organiser le travail pour que travailler en thèse ne se résume pas à ça :

Parce qu'il faut bien avouer que travailler seul, c'est aussi la tentation quotidienne de passer ses journées à glander sur Twitter. Si on se fixe comme objectif de ne pas faire ça, il faut intégrer une auto-discipline. Paradoxalement, je trouve ça bien, d'avoir sa discipline à soi, parce qu'on sait pourquoi on se l'est imposée, elle n'est pas arbitraire et répond à un objectif. En tout cas instaurer ma propre discipline m'a remise dans un rapport au travail que je trouve serein : pas de culpabilisation à outrance (OUI, il faut faire autre chose de temps en temps pour se vider la tête, OUI, si l'on est fatiguée on va dormir au lieu de s'acharner…), mais pas non plus d'indulgence totale (« Roh, allez, encore une pause… »).

J'ai toujours été une bosseuse, mais j'ai aussi toujours été dans des circuits scolaires où la discipline était déjà présente pour cadrer mon travail. Je n'ai heureusement eu aucun problème avec la discipline de travail que la classe préparatoire imposait, ça m'a même plutôt réussi. Mais il reste que d'une part je n'ai jamais autant culpabilisé à la moindre sortie qu'en prépa, et d'autre part, comme ce n'était pas ma discipline mais les règles du jeu de la prépa, je n'avais jamais organisé mon travail par moi-même, fondamentalement (même si j'avais plein de bonnes pratiques, qui font que je peux encaisser une grosse charge de travail, notamment). C'est pour ça que je vis ça très bien, de m'auto-discipliner :)

Constitution d'une boite à outils

J'ai mis en place un certain nombre d'outils et de méthodes, qui, si ça ne fait pas tout, aident. Je me suis dit que ça aiderait d'autres gens, alors en voici un exposé :)

Organiser le travail et entretenir la concentration/motivation

En plus d'avoir séparé espaces de vie et espace de travail (le bureau est un espace à part dans l'appartement, travailler et glander sont séparés le plus possible), j'ai séparé aussi les temps dans la journée. Il me semblait important d'avoir un rythme, pour séparer le travail de glande dans l'espace et dans le temps, mais aussi pour avoir des journées de travail. Je trouve ça assez frustrant de diluer le temps de travail dans la journée, au milieu d'autre chose (ce que je suis tentée de faire si le temps n'est pas séquencé) : au final, on arrive à la fin de la journée avec l'impression de ne pas avoir fait grand-chose. Pas très motivant...
Je pense également que structurer les journées est utile. Les fois où je n'ai pas fait ça dans mon travail, je perdais la notion du temps assez vite (mais sans le plaisir d'être en vacances), et j'étais en pyjama à 18h au moment où les copains me proposaient d'aller voir un film. C'était pas gérable.
Enfin, savoir s'arrêter de travailler à un moment permet d'ouvrir d'autres dossiers, les dossiers associatifs, par exemple…Je tiens ça de la prépa : on dégage du temps pour les choses militantes en s'or-ga-ni-sant.

Donc acte : après le café, la matinée est dévolue aux lectures théoriques et au travail sur texte. L'ordinateur n'est pas allumé. On travaille hors-ligne (oui, c'est important). Pourquoi le matin ? Tout simplement parce que lire m'est plus agréable le matin avec un café chaud…
L'après-midi est dévolue, après manger, aux mails, puis au travail qui nécessite l'informatique : recherches bibliographiques, travail sur corpus, travail sur les outils, écriture…

Oui, je suis en première année, mais j'écris beaucoup, déjà. Fabriquer des petits textes que j'envoie à ma directrice me permettent de faire des jalons dans mon travail (sur lesquels j'ai des retours !) et de me donner des objectifs :)

Mais les pauses ? Je m'en autorise, évidemment :)
En fait, j'applique la technique du Pomodoro pour me concentrer et répartir les pauses ! Découverte suite à une discussion avec @endirectdulabo, cette technique de travail me réussit bien.
L'idée : on programme un minuteur de cuisine (pomodoro : tomate en italien, les minuteurs de cuisine ont souvent des formes de tomate) pour une heure, après avoir décidé de la tâche à effectuer. On travaille d'une traite sur la seule tâche qu'on s'est alloué. On peut enchaîner plusieurs pomodoros. C'est une méthode assez efficace de concentration à l'ère de Twitter et c'est assez positif, car on se voit bien avancer ! Je fais un ou deux pomodoros, puis une pause assez longue (et souvent associative) puis je recommence. Quand je m'y tiens (je ne pense pas assez souvent à dégainer ma tomate de cuisine), je suis toujours assez satisfaite :)

Pour le suivi (parce que c'est bien de pouvoir quantifier ce qu'on a fait dans la journée), j'utilise un outil qui me servait à facturer mes heures de développement quand j'étais devweb freelance (c'est à dire jusqu'à ce que la thèse commence) : TaskCoach. Pour l'instant les mesures ne sont pas fiables, mais elles me donnent un ordre de grandeur, par exemple, du temps passé à coder un outil par rapport au temps passé à écrire, etc. C'est pas indispensable, mais j'aime bien avoir ce suivi, et pouvoir me dire à la fin de la journée : « j'ai lu deux heures, bossé sur l'outil trois heures, et fait une heure de travail sur mon texte ». Ça me rend le travail palpable à la fin de la journée, je trouve !

Perdre le moins de temps possible sur les petites choses techniques

...comme la constitution d'une bibliographie. Avouez : faire des références biblio à la fin d'un article, c'est ce moment où vous tombez dans un trou spatio-temporel parce que aaah mais il fallait mettre de l'italique pour le titre, et où est passée la référence de cet article génial que j'ai lu il y a trois mois ? J'ai opté, dès la première seconde de la thèse, pour Zotero, je me suis même formée à l'outil.

Je ne peux que recommander Zotero, ce logiciel qui permet de constituer et d'enrichir une base bibliographique au jour le jour (on ne tape les références du livre qu'une fois, quand elles ne sont pas exportées en un clic depuis la base du SUDOC) et surtout, surtout, de générer un .bib propre automatiquement et donc de reléguer la souffrance de la bibliographie dans les limbes de mes souvenirs de prépa. C'est très puissant. Renseignez-vous, il existe peut-être des formations dans votre bibliothèque universitaire <3

Synchroniser, versionner, et backuper le travail

L'idée est, en trois ans, de ne pas perdre de données. J'ai trop vu, sur Twitter, d'appels à l'aide de filles qui avaient été victimes d'un vol de laptop contenant tous leurs entretiens. J'essaye d'être aussi parano des backups qu'on peut l'être pour me prémunir de ça dans trois ans. Premier réflexe donc : à minima, copier sur un disque dur externe, régulièrement, mon travail.

Deuxième réflexe (qui participe au choix de zotero) : utiliser comme outils principaux de travail des outils durables. Si dans trois ans, mon système d'exploitation est, mettons, radicalement différent, je dois pouvoir manipuler encore mes données. Je dois pouvoir lire mes backups. Je suis ce conseil glané sur Twitter : vous n'aurez pas de temps à perdre à tout réinstaller au moment de rédiger la thèse. Choisissez vos outils dans la durée.

En plus des backups, je réplique mon travail sur les trois machines que j'utilise, pour ne pas être prise en défaut lorsque je pars en séminaire à Lyon et que je veux continuer à travailler dans le train. Redonder l'information permet également de limiter les chances de la perdre ! Pour ça, j'utilise Unison.

Et enfin, je versionne tout dans git. Ça me permet d'avoir une autre forme de suivi, celle sur l'avancée sur les textes (ce que j'ai modifié quand), et d'avoir un autre point de backup des travaux en cours. Idéalement, ça pourrait servir pour des co-rédactions d'articles dans le futur, si je trouve des co-auteurs qui ont appris à utiliser cet outil (qui n'est pas évident, pour quelqu'un qui n'a pas de culture technique). Je pense qu'au moment de la rédaction de la thèse, ce sera plus qu'utile.

Et voilà   Alors, il y a des hauts et des bas, bien sûr : il y a des jours où je fais beaucoup de choses et des jours « sans ». Mais au moins tout ceci est sur les rails :)

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