And the bit goes on…[Internet, je t'aime]

01 décembre 2011

Cher Internet,
C’est un sacré exercice, en fait cette lettre. Je me suis dit : « enfin, Oriane, t’es militante pour le Net libre, évidemment que tu l’aimes et que tu sais pourquoi ».

Ben en fait, c’est pas si évident. Je crois que c’est un peu comme ces couples mariés depuis vingt ou trente ans, qui vivent ensemble, qui ont leur petites habitudes et une complicité en béton…Ils s’imagineraient pas un quart de seconde l’un sans l’autre, mais ils ne savent plus vraiment pourquoi. Ils savent juste qu’ils sont nécessaires l’un à l’autre.

C’est un peu ça pour moi. J’ai dû toucher mon premier ordinateur à neuf ou dix ans. Et j’ai fait mes premiers pas sur le Grand Réseau à douze ou treize. Pour créer mon premier site à 14 ans. Là j’ai 22 ans, ça fait donc une bonne dizaine d’années que je me balade donc dans ta nébuleuse, cher Net. Et quelles dix années ce fut ! Tu sais, de douze à vingt-deux ans, on change beaucoup. Je crois que tu as accompagné les années au cours desquelles la majeure partie de ce que je suis s’est décidé. Ce sont donc, certes, dix ans en temps objectif, mais en temps humain, si j’ose dire, ce sont des années tellement remplies à ras bord, tellement intenses, que j’ai aujourd’hui cette impression d’avoir passé ma vie à tes côtés.

Évidemment, je ne m’imagine pas une seconde sans toi.
Notamment parce qu’il y a quelque chose que je crois que je n’aurai jamais pu faire sans toi, c’est construire ce qui fait ma fierté aujourd’hui : mon identité en tant que lesbienne et en tant qu’activiste.

Il faut savoir quelque chose, tout de même, c’est que toi, le Net, tu as permis à des millions de mes semblables : 1) de savoir qui ils sont, 2) d’échapper au suicide. Pas plus tard que dans les années 70-80 (donc, l’époque de la jeunesse de mes parents !), il était assez difficile, pour un homo de province, d’avoir un lien avec sa communauté. Tu n’existais pas. D’où un immense désespoir le jour où l’on en venait à comprendre sa différence, car pour peu qu’on soit le seul de sa famille/classe/ville, on était un candidat parfait pour le suicide.

Tu t’imagines même pas l’air que t’as mis dans la tête de ces jeunes en leur donnant la possibilité de lire des témoignages d’autres jeunes comme eux qui habitent à l’autre bout de la terre.
JE NE SUIS PAS SEUUUUL o/

Tu ne te suicides pas tout de suite, du coup, tu cherches plutôt à trouver d’autres jeunes comme toi. Tu fais ton coming out. Et paf, un homo lancé dans la vie, plutôt épanoui, puisqu’il a un lien avec sa communauté, au sein de laquelle il fait des rencontres, des découvertes. Il peut s’approprier la culture gay. Il peut vivre sa différence à peu près sereinement, et trouver le courage de la vivre quand c’est pas facile.

C’est exactement ce qu’il m’est arrivé. C’est toi, Internet, qui m’a permis de mettre en question mon orientation sexuelle, de trouver les racines dont j’avais besoin pour construire mon identité. C’est sur Internet que j’ai pu lire ce fameux témoignage qui a allumé une lumière dans ma tête.
*je suis lesbienne, en fait*
Je t’aime, cher Net, ne serait-ce que pour ça. C’est grâce à toi que je sais qui je suis.

Cher Net, ce sont ces nuits passées de lien en lien, de découverte en découverte, à cet âge où tu es juste avide de découvertes, qui m’ont construite et enrichie. C’est l’océan des possibles que tu représentes qui m’a ouvert les mirettes.
Et puis j’ai découvert le HTML. Puis le PHP. Et aujourd’hui Python. Tu es en plus, cher Réseau, celui qui m’a permis de construire des choses avec mes petites mains, des choses dont je suis fière. Qui ont fait de moi la petite geek que je suis.

Et y’a un truc qui à lui seul justifie mon amour jusqu’à la fin des temps, c’est les rencontres. Je serai incapable de toutes les lister, je crois. Mais j’ai rencontré énormément de gens qui comptent beaucoup pour moi grâce à toi. Sur des forums, sur des canaux IRC. Les dernières en date ont été dingues : j’ai connu le Loop par Internet, et rencontrer ces gens a été une grande bouffée d’air frais dans ma vie. Quand à la joyeuse bande de la Quadrature…rencontrer des gens qui partagent ma vision de l’activisme, rien que, ça, c’est énorme. C’est un plaisir et une fierté de lutter pour ta neutralité à leurs côtés. C’est beaucoup de vent dans mes voiles et de choses nouvelles et chouettes dans mon horizon.

Et tout ça grâce à toi.

Alors voilà. Je pourrai continuer encore longtemps. J’irai pas dire que sans toi je ne serai rien, mais on est vraiment pas loin. En tout cas, je ne serai pas cette fille que je regarde dans le miroir et dont je suis fière, aujourd’hui.
Donc merci à toi d’exister. J’espère que cette aventure va continuer encore longtemps.

Je t’aime,

Oriane

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