Activisme, abribus et réseau.

28 novembre 2011

L'« effet abribus »

Grande marotte d'activiste. Pour diffuser une idée, rien de mieux que d'en parler autour de soi. Tout le temps. Partout.

Je n'ai pas dit qu'il fallait être lourd et jouer les disques rayés, hein : je pense plutôt à saisir l'occasion de parler de son sujet quand elle se présente, faire le glissement de sujet adéquat. C'est une attitude qui n'a que des bons côtés.

Le premier, c'est qu'il incarne le discours: vous parlez de ce qui vous préoccupe avec vos mots, avec votre enthousiasme de militant, et avec votre vécu, surtout.

C'est, deuxième avantage, un discours qui ne vient pas comme un cheveu sur la soupe, mais qui s'insère bien dans le contexte: vous saisissez l'occasion d'un sujet de discussion qui a un rapport avec les questions qui vous « grattent » pour en parler.

Et, troisième avantage, cela s'inscrit dans une -oh, mot à la mode- dynamique virale. En effet, en parler à des gens dans le contexte d'une discussion (et d'une relation) « situe » le discours, le contextualise, ce qui facilite sa mémorisation, et, du coup, multiplie les occasions que la personne à laquelle on a parlé puisse en parler à d'autres (puisqu'elle se souvient de ce que vous lui avez dit) : « Hé, j'ai rencontré un mec, là, à l'abribus, il m'a parlé d'un truc super intéressant, là... sur ACTA... t'en as entendu parler ? ». Et hop. En passant par l'interpersonnel, le discours militant est « habillé », et se diffuse bien.

J'appelle ça l'« effet abribus ».

Embêter les députés

Après avoir embêté papa, maman, tonton, et la grand-mère à l'abribus, on appelle son député. Le député n'est pas un animal aquatique nocturne, c'est un politicien débordé qui a besoin qu'on lui rappelle de temps en temps que la loi scélérate, là, il est prié de ne pas la voter. Mais lui resservir un discours préfabriqué concernant la loi en question a bien peu d'impact, au milieu de sa journée de travail. C'est là qu'intervient notre « effet abribus ». Le député a besoin que l'on lui cite la loi qui « gratte », bien sûr : étant donnée sa charge de travail, il n'a pas forcément tous les éléments en tête, ou ne l'a simplement pas encore lue. Mais ce qui va lui être utile, c'est le moment où vous racontez votre expérience de citoyen, où vous incarnez votre confrontation avec la loi scélérate. C'est ça qui va lui servir de matière, d'argument au besoin, lors d'un débat à l'Assemblée. Et surtout, comme la grand mère à l'abribus, il se souviendra beaucoup mieux de vos arguments. Parler de son expérience pour appuyer ce qu'on croit, ça marche même avec les députés.

Une couche de réseau par-dessus.

Rajoutons du réseau et secouons. Quand on prend pour exemple son expérience personnelle d'une atteinte à la neutralité du Net venant de son FAI, on se voit parfois rétorquer que c'est là un cas isolé et que ça ne prouve rien. L'idée, là, est de s'y mettre à plusieurs pour montrer que le problème est loin d'être isolé. En fait, on additionne du vécu, pour avoir plus de poids auprès des politiques : vous n'êtes pas en train de dire « j'ai bien remarqué que Youtube et Dailymotion ne bénéficiaient pas de la même qualité de bande passante sur le réseau de Orage », vous êtes en train de montrer que vous l'avez remarqué, mais que plein de copains aussi, et on a des chiffres.

Ben ça, c'est respectmynet.eu. Ou comment profiter du réseau pour faire passer, ensemble, des idées appuyées sur des expériences personnelles.

Une initiative européenne

Là où l'initiative devient carrément intéressante, c'est qu'elle se place à une échelle européenne. On n'est pas en train de témoigner sur la seule échelle de la France, sinon c'est pas drôle. On agrège le vécu de copains de toute l'Europe. Ce qui permet de dresser une carte de ladite Europe où l'on pourrait identifier les zones où ça « chauffe » le plus. On peut construire, en plus, une vision un peu globale de la situation. Une carte de l'énervement des clients de FAI concernant la Neutralité, c'est ce qu'on appelle de la matière. Surtout pour un député européen.

Bon, je fais quoi, maintenant ?

Hé ben, un peu de tout ça. L'avantage, c'est que quand on regarde, c'est que des petites choses
C'est des trucs qu'on peut faire au quotidien, entre deux cours, deux briefs, deux morceaux de code. Et ça aide vraiment à faire bouger les choses. Si c'est pas beau, ça. Allez, cours parler à Mémé à l'abribus et va donc confirmer les atteintes à la Neutralité sur RespectMyNet.

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